La marinade

Je préparais une marinade. Et je m’en souviendrai toute ma vie.

Un peu comme nous nous souvenons tous ce que nous faisions lors des attentats des tours du Wall Trade Center.

Je m’en souviendrai toute ma vie que lorsque j’ai appris le décès de ma merveilleuse amie, je faisais une marinade.

Cela fait maintenant un peu plus de 2 mois que tu es partie ( 2 mois et 5 jours) et ma vie, mon monde est encore en convalescence de cette perte qui m’a secoué au plus profond de mon être.

Sans vraiment appartenir à une religion, je me considère comme extrêmement spirituelle et j’ai toujours cru à une espèce de justice universelle, un karma qui récompenserait les bons et punirait les mauvais. Un schéma certes très manichéen mais qui me rassurait: Si je suis une personne bien, alors de bonnes choses m’arriveront.

Alors ton départ en donnant naissance à ton fils tant attendu, cela ne rentre pas du tout dans ce schéma, et cela fait donc plus de 2 mois que je me bats avec ma vision de la vie pour essayer d’appréhender ce qu’il s’est passé. Je n’arrive pas à juste admettre que c’est la vie, que des choses aussi horribles peuvent arriver à des gens biens, merveilleux même dans ton cas;

Et lorsque je dis que je me bats, je n’exagère pas. En deux mois, j’ai lu 10 livres. Des lectures futiles, Bridgeton pour tout dire, et la série des Rokesby aussi du même auteur. En Français et en anglais. Tout pour me distraire et sortir de ces contradictions qui hantent mon esprit.

Je ne sais plus m’asseoir devant ma machine à coudre, car les derniers points qu’elle a réalisé ont été pour toi, et ton fils. Et je n’y arrive plus, mon esprit s’embrume tellement que je n’y tiens plus.

Je ne sais d’ailleurs plus partir marcher en forêt, chose que je faisais de manière naturelle avant, car dans la nature, devant toute cette paix, je me sens tellement hantée par ta perte.

Je ne sais plus conduire plus de 10 km sans pleurer, en pensant à toi, et à ce que tu rateras de la vie de ta fille et de ton fils, mais surtout, et très égoïstement, en pensant à tous ces cafés que l’on ne prendra pas, tous ces fous rires à se tenir le ventre qu’on ne vivra plus.

Parce que tu ne vis plus.

Alors, je fais semblant, je souris, je rigole même. Ma fille, ma mini-moi, devenait mélancolique devant une maman qui n’arrive pas à remonter la pente. Alors j’essaie de ne pas montrer ma détresse et d’avancer. Mais pour aller ou ? Vers ce monde où il arrive des choses comme ça ?

Mais je le vois dans les yeux de tes amies, qu’elles se battent aussi, comme moi, dans nos « ça va? ça va et toi? ça va ». On ne se le dit pas, pas la peine, ce n’est pas nécessaire. Notre chemin de deuil n’est pas le même, et si en parler fait parfois du bien, je crois qu’à ce stade, cela nous ferait peut-être plus de mal. Je ne sais pas.

Je ne referais sans doute plus jamais une marinade.

Tu me manques terriblement encore et toujours.

Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour La marinade

  1. Mam'Weena dit :

    😔 je suis désolée pour ta perte, malheureusement, la vie n’est pas toujours juste et perdre la vie en la donnant, même si c’est devenu extrêmement rare, est encore une réalité …
    Le deuil est un processus complexe, surtout face à un événement « contre nature », je ne saurais que te conseiller les conférences/livres de Christophe Fauré, qui m’ont accompagné dans mon propre chemin de deuil.
    Douce pensées pour toi, ton amie et sa famille meurtrie 💖

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s